16.02.2009
Concert inutile et prise de conscience
Chuis désolée lecteur lecteuse, mais voilà que tu te bouffes une deuxième note de musique d'affilée, et paf dans tes dents.
Et pis t'as intérêt à être sage, passque j'en ai une 3è sous le coude, que je sais pas encore quand je vais te la mettre.
Alors samedi, tu as eu une note qui te relatait la répé du 30 Janvier.
Ben figure toi que le lendemain, le 31 donc, mon école de musique faisait un concert.
Et, une fois n’est pas coutume, Benoît, mon prof chéri de flûte, a été très très gentil avec moi.
En même temps, il avait grave besoin de moi pour le concert tu vois ?
Il a commencé par dire aux jeunes flûtistes du cours d’avant moi qu’elles se tenaient mal pour jouer : tête trop basse, jambes n’importe comment, flûte en biais.
Et il a dit « Pauline, elle a une bonne posture, elle se tient vachement bien quand elle joue ».
Là, j’ai un peu halluciné.
Et je lui ai dit.
Passque figure toi qu’à mes débuts d’exil au Luxembourg, j’ai tenté (folle que je suis) l’expérience « Conservatoire National ».
Ma prof était une conne, j’ai tenu 3 semaines avec elle.
Je te passe sur les méchancetés qu’elle m’a dit, je vais juste te parler d’un truc, qui te donnera une vision générale du truc : elle m’a toujours dit (bon, OK, 3 fois seulement) que je me tenais très mal.
Que j’allais jamais réussir à jouer quelque chose de correct avec cette posture, que ça n’allait pas du tout, blablabla.
En même temps, dès le premier cours, elle m’a dit qu’elle et moi, on ne ferait rien en cours, qu’on arriverait à rien.
Tout ça passque j’lui ai dit que je n’étais là que pour 2 ans, et que donc, les exams du Conservatoire, j’en avais un peu rien à foutre.
Bref.
Après, j’ai joué mon morceau.
Que Benoît il a dit que c’était bien, que c’était mieux, et que le son était « great ».
Qu’il fallait pas que j’y touche.
Ca, c’était normal, passque la veille, ben on avait une répét « light », comme le chef il a fait la discussion avec nous et que ça a duré pendant deux heures.
Et ce soir là, le 31, y’a eu le concert, où il avait besoin de moi pour jouer.
Un morceau de jazz, alors que je déteste le jazz.
Qui dit jazz, dit improvisations.
Y’en avait 2 dans le morceau, la première devait être faite par le seul élève garçon de la classe de flûte, et la deuxième par Benoît lui-même.
Mais tu commences à me connaître lecteur chéri, tu sais bien que si je te dis ça comme ça, c’est qu’y’a une raison.
Ben la raison, c’est que l’élève garçon, il est pas venu.
Pssssscht (il s’est dégonflé).
Quand j’ai vu ça, je me suis tournée vers une autre flûtiste, et je lui ai dit : « Tain, tu vas voir qui va se récolter l’impro à faire ... »
Pas manqué.
« Pauliiiine, tu fais la première impro ? »
« J’aime paaaaaas les impros !! »
« Oh allez, c’est simple, toute façon c’est ça ou alors on fait que le truc pourri qui est écrit sur la partition »
« Nan mais j’connais même pas les notes d’abord » (Là encore, tu remarqueras que face à Benoît, mon libre arbitre est inexistant, et ma détermiation très faiblarde)
« T’as 5 minutes pour les voir. »
Ouais, moi aussi je t’aime Benoît.
Résultat, me suis tapée une impro devant les gens, devant mon ex amant et sa femme, ma directrice d’orchestre, qui m’en veut toujours autant, et lui qui m’aime toujours autant.
Ben après, Benoît il a dit que c’était un « très bon solo ».
Alors que d’habitude, quand j’improvise, il me dit : « Ouais, c’était pas mal ».
Et il le dit seulement si je lui demande. Sinon il dit pas.
Alors que là, il me l’a dit 3 fois en moins d’une demi heure.
Ce mec est génial.
Et tu vois, juste avant mon impro, y’a l’ex-amant qu’est venu me dire bonjour.
Même qu’il a pris des risques, passque théoriquement, il a plus le droit de me parler, de me dire bonjour et tout ça. (Je sais pas s’il a le droit de me regarder encore ?!)
Et juste après mon impro, quand je suis repartie vers ma place (chuis une artiste modeste, j’m’asseois au milieu du public moi mâdâme), ben j’ai croisé sa femme.
Les joues rouges, les yeux rouges et pleins de larmes.
En me croisant, elle m’a regardé.
Jamais elle ne me regarde, jamais elle ne me dit bonjour, jamais elle ne me parle, même quand moi je lui parle. (Une fois, à la photocopieuse de l’Ecole de Musique, on s’est retrouvées ensemble : je photocopiais des part’, et elle devait en photocopier. Il m’en restait 4 à faire, et comme elle attendait derrière moi, j’ai dit « J’ai bientôt fini, il m’en reste 4 ». Elle m’a pas répondu, elle s’est barrée.)
Et quand elle m’a regardée, et que je l’ai regardée aussi, elle avait les yeux pleins d’éclairs à travers les larmes.
Bon, elle pleurait pas non plus à grosses larmes tu vois, c’est juste que tu voyais bien que ses yeux étaient tout humides, et qu’une ou deux (voire trois, soyons fous !) larmes avaient coulé sur ses joues, et qu’elle les avait essuyées.
En tant que directrice, elle a parlé dans le micro juste après, pour présenter le morceau qui suivait, avec une voix toute tremblottante.
En 10 ans de musique avec elle, la seule fois où elle a eu la voix tremblante, c’était pour un concert à la mémoire d’un de nos musiciens qui venait de mourir.
Et jamais je ne l’ai vue pleurer.
Ben tu vois, ce soir-là, en la voyant comme ça, j’me suis dit que si elle m’évitait tout le temps, qu’elle me parlait jamais, c’est qu’elle en était pas capable.
Et puis j’me suis rendue compte qu’il ne fallait pas que j’abuse.
Que mon projet de m’inscrire au stage de musique du mois d’avril, pendant toute une semaine, en sachant pertinemment que les répé d’orchestre, qui durent 4 à 5h par jour pendant ce stage, étaient dirigées par elle, ben ce projet était pas cool pour elle.
Qu’il fallait que j’apprenne un peu à m’oublier un minimum et à me priver pour la laisser respirer.
Passque je sais qu’elle ne voit pas d’un très bon oeil que je sois revenue prendre des cours dans « son » école.
Et qu’elle ne voit pas non plus d’un très bon oeil que j’accepte, comme avant, de venir jouer à un concert de 2h un simple morceau de 3 minutes.
Alors j’vais continuer les cours, les concerts inutiles, et je vais recommencer d’aller écouter les concerts de tous les gens que je veux, même si elle y est, mais j’abandonne l’idée de faire ce stage.
Histoire d’être « sympa ».
12:18 Publié dans La musique, c'est du bruit qui pense | Lien permanent | Commentaires (6) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : concert inutile, directrice d'orchestre, impro de jazz




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Commentaires
Écrit par : Crevette | 16.02.2009
Répondre à ce commentaireD'ailleurs, je prends exemple sur toi, ma Crevette adorée.
Écrit par : Pau | 16.02.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Crevette | 16.02.2009
Répondre à ce commentaireÉcrit par : Pau | 16.02.2009
Répondre à ce commentaireMerci, Pauline, pour ce petit instant d'émotion véritable, et matinale aussi
(N'oublies pas, les hommes sont des flatteurs et des fourbes...
Ceci étant, je serai incapable de faire une impro de jazz à la flûte)
Allez, j'ai envie de t'embrasser là.
Bonne journée !
Écrit par : Fremen | 17.02.2009
Répondre à ce commentaireJe l'aime et je le déteste en même temps, et puis il dit pas des compliments juste pour avoir un truc en échange ;-)
(La preuve, il critique toujours autant ma bouche, j'en avais parlé dans un article je crois ...)
Quant à la grandeur d'âme, je pense pas qu'il y en ait là dedans ... Juste des petits "arrangements" entre ennemies ... :)
Mais je t'embrasse aussi !
Bonne nuit ;)
Écrit par : Pau | 17.02.2009
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