09.09.2009
Mon papa, ce z'héros.
(Aujourd'hui, pour la reprise OFFICIELLE de ce blog tout pourri, on va faire dans le pas très gai et le très long. Te voilà prévenu, ne te plains pas par la suite.)
Quand les gens apprennent que je suis partie au Luxembourg pour étudier, leur réaction est toujours la même, à peu de choses près.
« Ah oui ? Mais pourquoi le Luxembourg, pourquoi pas en France ? »
Cet été, j'ai eu droit à un « Mais t'es partie comme ça, sans rien connaître du pays ni rien ? Oh là là, j'aurais aimé avoir la force de caractère pour partir comme ça, comme toi... »
Et dans les yeux de la jeune femme qui me disait ça, y'avait des sortes d'étoiles qui brillaient, vraiment.
J'ai pas osé lui dire que ce départ, loin d'être une preuve de ma force de caractère, représentait surtout un moyen de fuir.
Fuir quoi ?
Plein de choses.
Parce qu'au final, plus je regarde en arrière, plus je m'aperçois que je n'ai fait que ça, fuir.
Incapable de surmonter les problèmes, les difficultés.
Ce qui apparaît comme du courage aux yeux des autres n'est rien d'autre que la preuve de ma lâcheté continuelle.
J'ai donné plein de versions expliquant mon départ volontaire au Luxembourg : l'impossibilité de me rendre en Belgique, la volonté de changement, l'envie de rejoindre un très bon pote qui étudiait là-bas, le besoin de fuir le bordel qu'avait causé ma liaison avec le mari de ma prof de musique.
Ca variait selon les gens, selon le degré d'intimité que j'avais avec eux, selon ce que je voulais bien leur confier de ma vie.
Alors bien sûr, y'a quand même un peu de tout ça.
Mais le vrai déclencheur, c'est la relation que j'ai avec mon père.
Ou plutôt, celle que je n'ai pas.
J'ai beau aimer ma famille (au sens large) de façon inconditionnelle, je ne peux pas t'assurer aujourd'hui que je ferais n'importe quoi pour mon père.
Parce que tout a toujours été difficile entre lui et moi, parce qu'on a jamais connu autre chose que des conflits, des déceptions, des cris et des rancoeurs.
C'est un peu con à dire, mais au début, ça me semblait normal.
Et puis quand j'ai rencontré les pères de mes ami(e)s, je me suis rendue compte que non, c'était pas normal de n'avoir aucun terrain d'entente, aucune complicité, aucun échange avec son père.
Je me suis rendue compte que les autres élèves de l'école de musique étaient toujours accompagnés d'au moins un de leurs parents le jour de leurs examens.
Je me suis rendue compte que les parents des autres venaient écouter les concerts, les auditions.
Une année, il ne m'a pas souhaité mon anniversaire.
C'était l'année de mes 16 ans, ma soeur lui a montré ce qu'elle m'avait offert. Il a répondu « ah oui, c'est bien. »
Et il n'a rien dit d'autre.
C'est totalement ridicule, je sais bien, et j'ai beau être totalement d'accord avec ceux qui disent qu'un anniversaire, c'est pas grand chose, j'ai beau être la première à zapper des anniversaires, ce jour-là, j'ai pas arrêté de me dire que j'étais quand même sa fille, et cet « oubli » volontaire de sa part m'a semblé être un désaveu total de notre « lien » père-fille.
Dans ma tête, ça a été une cassure terrible.
Malgré tout, pendant toutes ces années, même si j'étais déjà très indépendante, j'attendais encore et toujours qu'il se comporte comme les autres pères, qu'il me félicite pour mes excellents résultats scolaires, qu'il me souhaite bonne chance pour mes exams, qu'il vienne m'écouter jouer, qu'il m'impose des limites.
Et puis un jour, j'en ai eu marre.
Marre de souffrir à cause de lui, marre d'attendre quelque chose qui ne venait visiblement pas, marre de faire tant d'efforts inutiles pour lui plaire et pour le rendre enfin fier de moi.
Et j'ai décidé que je ne pleurerais plus à cause de lui, et que j'arrêterais de tout faire pour récolter ne serait-ce qu'une minuscule preuve de son amour.
C'est ça qui a décidé de mon départ au Luxembourg.
J'avais besoin d'un endroit « neutre », où je pourrais tout recommencer, être quelqu'un d'autre.
J'avais besoin d'un endroit éloigné, assez éloigné pour n'y connaître personne et pour pouvoir rester plusieurs semaines sans revenir chez mes parents.
C'est tombé sur le Luxembourg, un peu beaucoup par hasard.
Je m'y suis sentie bien, et puis en fait, au bout d'un an et demi, y'a une drôle de maladie qu'est apparue : l'envie et le besoin de partir.
Je suis toujours à la recherche d'un endroit où me poser, pour pouvoir me construire, enfin.
Je ne veux pas d'enfants, à cause de tout ça.
À cause de lui.
Parce que j'ai peur d'être comme lui, parce que je commence déjà à lui ressembler et que parfois, j'ai peur de moi.
Parce que je ne trouverais jamais ça normal que ce soit à mes deux grands cousins de s'occuper de moi et de s'inquièter pour moi.
Parce qu'au fond, c'est pas du tout normal qu'une fille avec qui je fais de la musique soit heureuse à ce point de mon entrée à l'Ecole du Louvre, et qu'elle passe une demie heure à me féliciter et à me dire « Tes parents doivent être drôlement fiers » alors que mon père a simplement dit « Ah. Et le Luxembourg alors ? »
Parce qu'une mère ne devrait jamais dire à sa fille qu'elle était un accident, et que son père ne voulait pas d'elle.
Parce que ça me fait encore terriblement mal aujourd'hui.
Parce que si je ne suis pas une fille équilibrée et stable, c'est en grande partie à cause de lui.
Parce que même si tout ça, après tout, ce n'est pas si terrible comparé à d'autres vécus, je resterai toujours la fille qui n'a pas connu l'amour d'un père.
Et parce qu'à cause de tout ça, au final, j'ai l'impression que je pourrais jamais me sentir bien avec un mec. Si mon propre père n'a pas souhaité ma naissance, s'il ne m'a pas aimée, pas soutenue, pas consolée, comment un autre homme pourrait m'aimer ?
J'essaie de changer.
Mais c'est drôlement difficile tu sais ...
11:29 Publié dans Racontage de Laïfe | Lien permanent | Commentaires (3) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note




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Commentaires
Et ensuite, je ne vois pas pourquoi le fait que ton père ne t'ait pas désirée en tant que fille aurait une influence ou un impact quelconque sur le fait qu'un homme te désire ou non en tant que femme.
Tu vois ce que je veux dire ?
J'ai toujours eu des relations bizarres avec mon pèr. Pas à ce point, et surtout parce qu'on n'arrive pas à se comprendre lui et moi. Ca s'est arrangé seulement l'an dernier.
Mais ce que je sais, c'est qu'on ne doit pas faire sa vie en fonction de ses parents. On doit faire sa vie pour soi, quitte à tirer un trait sur ce qui fait du mal. Ta relation avec ton père te fait du mal ? Finis de couper le lien dont il ne veut pas et qui te fait souffrir (je sais c'est facile à dire, mais je viens de larguer le seul mec que j'ai vraiment aimé, alors que je l'aime encore, donc j'ai le droit de le dire !!)
Pour le coup de l'anniversaire, j'espère que depuis tu as arrêté de lui souhaiter le sien...
Et pour les mômes : tu as LARGEMENT le temps d'y penser et de changer d'avis. Pourquoi penser à des mômes sans avoir trouvé l'homme qui en sera le père ? Ah, tu vois ! :D
Bises ma belle et dis moi quand tu seras sur Paris pour qu'on se voit !
Écrit par : Crevette | 10.09.2009
Répondre à ce commentaireParce qu'en plus, c'est par périodes. Y'a des périodes où on peut à peine rester dans la même pièce que l'autre, et y'a des périodes où on peut se dire bonjour et "discuter". Bon là c'est une très mauvaise période, il est temps que les cours reprennent. (Vivement lundi ^^)
J'suis une naïve et une optimiste tu sais ;) (D'ailleurs je lui souhaite le sien sans grande conviction, ce qui désespère un peu ma mère et pousse ma soeur à me traiter d'égoïste youhouuu ^^)
Pour les mômes, c'est juste une certitude. (Ou alors je quitte le père juste avant la naissance, et comme cadeau de rupture, je lui offre le gnome) (Va falloir qu'on parle du tien, de mec là, parce que ça ne va pas du tout ça, moi je comprends rien.)
Biseeees
Écrit par : Pau | 10.09.2009
Écrit par : Crevette | 15.09.2009
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