21.09.2009
Chef
Il faut que je t'avoue ici que je suis une mauvaise rédactrice.
Je ne fais pas de brouillons, je ne me relis pas, j'en vois pas l'intérêt.
Chez moi, rien n'égalera jamais le fameux « premier jet ».
Mes dissertations, mon mémoire, mes notes de blog, tout est fait comme ça, d'une traite.
(Bon, apparemment ça ne me porte pas préjudice, puisque j'ai eu 16 à mon mémoire, hahaha)
Si tu te souviens bien, y'a quelques mois, je t'ai promis une note qui t'expliquerait pourquoi j'aime autant Chef chéri adoré.
Hé ben voilà.
C'est la première fois que je « bloque » sur un truc.
Je dois avoir à peu près 3 ou 4 notes qui parlent de lui, et qui ne me satisfont pas totalement, parce que je ne suis pas sûre de réussir à transcrire ce que je voudrais.
Comme ça me gonfle, j'ai décidé que celle-ci serait la bonne.
Même si à la fin le résultat ne me plaît pas, même si j'oublie des choses, même si c'est décousu parfois.
Je t'en ai déjà parlé, mais entre Chef et moi, c'était pas du tout cuit.
Ca fait maintenant 8 ans que je joue sous sa direction, et nous entamons cette année notre troisième année « d'échanges ».
Passque oui, on a passé 5 ans sans réellement communiquer, ce qui est plutôt emmerdant pour un chef et sa musicienne, tu en conviendras.
Mais le fait est qu'il n'avait rien à me reprocher, rien à reprendre dans ce que je faisais, et que donc, nous restions des « étrangers » l'un pour l'autre.
Et puis j'étais jeune aussi, ça a sans doute joué.
Je jouais dans plusieurs orchestres, dont celui dirigé par la Femme Trahie, tu sais, celle qui me détestes aujourd'hui.
Entre elle et Chef, c'est pas le grand amour.
On peut même dire qu'elle doit le détester autant qu'elle me déteste, ou presque. (Mais pas pour les mêmes raisons, enfin je pense - j'espère.)
Tu sais que j'ai tout arrêté quand j'ai débarqué au Lux, et que j'ai finalement abdiqué au bout d'un an tellement la musique me manquait.
Quand je suis revenue, Chef m'a accueillie les bras grands ouverts, le sourire aux lèvres.
Ca a diminué l'angoisse que j'avais à l'idée de revenir dans ce monde tellement pourri, mais tellement addictif.
J'avais abandonné les autres orchestres, je revenais « au bercail ».
J'ignore si ça a joué un rôle, je ne sais même pas s'il était au courant que je jouais ailleurs (c'est te dire à quel point on était proches lui et moi !).
Toujours est-il que c'est à partir de ce moment-là que l'on a commencé à communiquer.
Evidemment, ça a été progressif.
Comme dans toute relation basée sur la confiance je pense.
Passque oui, je peux t'affirmer que l'on a une confiance mutuelle l'un envers l'autre.
D'un côté, c'est un peu recommandé dans les orchestres, que le chef ait confiance en ses musicos, et inversement.
Mais je peux te dire que c'est une chose de savoir que le chef te fait confiance parce que c'est comme ça, parce qu'il est obligé, et c'en est une autre de savoir qu'il a réellement et pleinement confiance en TOI, aveuglément. (Je sais pas si je suis très claire …)
Maintenant, je suis une de celles qui comptent le plus au pupitre de flûtes.
En même temps, comme c'est moi qui suis en charge du piccolo, je suis forcément importante dans certains morceaux, voire même indispensable : quand y'a un joli solo de piccolo, comment on fait si je suis pas là, hein ?
Y'a personne pour me remplacer.
Y'a personne qui VEUT me remplacer.
La semaine dernière, on a bossé un morceau où la partie de piccolo est très importante.
Et tu vois, dans ces cas-là, y'a tout l'orchestre qui me déteste, surtout mes voisines de pupitre.
(Paraît que ça casse les oreilles le piccolo) (Moi j'en sais rien, je suis sourde depuis que j'en joue)
Pendant que les autres se plaignent, Chef me regarde dans les yeux, avec son air bienveillant, et me dit de ne pas les écouter, qu'il veut m'entendre, et tout au long du morceau.
Que je suis là pour ça, pour être entendue.
Même qu'après, il me fait remarquer que j'ai bien bossé, et que j'ai fait du bon boulot. (Et ça, ça efface toutes les « méchancetés » des autres)
Chef, c'est pas le genre de type qui te dit toutes les semaines « C'est bien ce que t'as fait aujourd'hui ! », alors quand ça arrive, t'es drôlement contente.
Maintenant, Chef il me demande même si je serais présente aux concerts, pour savoir si ça va être possible de gérer les morceaux, ou s'il faut appeler une autre flûte en renfort.
Et tu vois, quand y'a des passages difficiles dans des morceaux (on appelle ça des « traits »), en général les flûtes abandonnent.
Moi incluse.
On pose nos instru' sur nos genoux et on regarde Chef diriger.
(On est un peu effrayées par la difficulté tu vois) (On est des flûtistes, paraît que c'est pour ça)
En général, Chef nous regarde et tente de nous entraîner à repartir sans arrêter le morceau, pour pas pénaliser les autres.
Je suis drôlement faible dans ces moments là.
Il me regarde, et chante le passage qu'on censées jouer. Et du coup, je me sens un peu obligée de reprendre, même si ce que je fais est tout pourri passque c'est trop difficile pour un déchiffrage (= morceau qu'on joue pour la toute 1ère fois)
Et alors parfois, j'entends « Merci Pauline ! ».
Parfois, j'ai un clin d'oeil et un sourire en échange de quelques notes jouées.
Ce clin d'oeil et ce sourire, je les ai aussi en concert, avant les morceaux où je dois assurer au piccolo.
Et tu vois, ça, ça vaut tous les encouragements du monde.
Je suis pas du genre à paniquer facilement, mais quand Chef me sourit avant un morceau, ça m'apaise drôlement. Je sais que je ne me planterai pas.
Mais tu vois, l'inconvénient de tout ça (les solos, les remerciements de Chef …), c'est que ça me fait passer au pire pour la « pétasse hautaine et arrogante du premier rang » (déjà entendu, prononcé par des musiciens d'autres orchestres), au mieux pour la chouchoute de Chef.
Oui passque en plus, Chef est devenu papa cet été.
Et il m'a envoyé un SMS pour m'annoncer la nouvelle, quelques heures avant une répétition à laquelle il n'a pas assisté, évidemment.
De tout l'orchestre, je suis la seule à avoir été prévenue « personnellement » par Chef.
Les autres ont été mis au courant le soir par le Président de l'orchestre.
Même ma voisine de pupitre, qui a des réunions 2 fois par mois avec Chef et qui lui a demandé maintes fois des conseils dans ses relations amoureuses, ben elle a pas été prévenue.
Elle a été un peu vexée, et surtout surprise.
Au moins aussi surprise que moi, parce que c'est un SMS que je n'attendais pas du tout.
Moi j'pense que s'il m'a prévenue, c'est parce que depuis quelques mois, on fait des échanges de salive.
On boit dans le même verre.
Oui oui, même avec la grippe A ou B ou Z, on s'en tape.
Ce genre de détails insignifiants, ça me fait penser qu'entre Chef et moi, c'est du solide.
Tu vois, aujourd'hui, je sais que s'il venait à quitter l'orchestre pour aller ailleurs, je partirai aussi.
Parce que même s'il est souvent critiqué (mes parents sont les premiers à le considérer comme un « connard prétentieux » … Même là dessus, je suis en phase avec Chef, t'imagines ?), c'est un homme génial.
Faut juste aller au delà des apparences froides et distantes qu'il peut montrer au début, et puis après, tu t'aperçois qu'il est drôlement gentil, drôle et cultivé.
Et passionné par ce qu'il fait.
Et ça, mine de rien, ça impressionne et ça influence notre façon de jouer.
Le dernier concert qu'on a fait, c'était fin juillet.
J., le fidèle J. qui compte tant pour moi, était présent.
Je lui avais proposé de venir, il avait tenu à être là, et c'était un grand moment tu sais ? Un moment fort.
Parce que c'était la première fois que j'emmenais quelqu'un écouter un de mes concerts.
A la fin du concert, il m'a dit : « Tu verrais les yeux que tu as quand tu regardes ton chef, c'est dingue … On a envie d'être à sa place tu sais ? »
Alors voilà.
J'aime et j'admire énormément Chef, pour des détails, pour des choses plus importantes, pour ce qu'il est et ce qu'il m'apporte au travers de l'orchestre.
(Evidemment, comme dans tous les couples, y'a des jours avec et des jours sans. En ce moment, tout va bien et j'échangerais ma place pour rien au monde ...)
16:22 Publié dans La musique, c'est du bruit qui pense | Lien permanent | Commentaires (2) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : j'aime mon chef, mon chef est génial, comment être un bon chef d'orchestre




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Commentaires
Relation qu'on peut aisément transposer aux relations entre prof et élèves.
J'ai des élèves qui fonctionnent à l'affectif. C'est à dire qu'il feront des efforts pour me faire plaisir. Ce n'est pas le cas de tous, mais au moins, pour ceux-là, je sais comment les motiver. Encore qu'il n'est pas toujours facile de bien identifier tous ceux qui fonctionnent ainsi, surtout avec mes classes de garçons.
Quand je vois ce qu'il peut obtenir de toi, je me dis que ça vaut le coup de prendre le temps de réfléchir à la façon dont fonctionne chaque élève, pour pouvoir obtenir le meilleur de chacun.
Écrit par : Chopin | 06.10.2009
Répondre à ce commentaire(Et quand je ne suis plus motivée par un morceau, à force de le jouer, je le dis en boudant un peu, les autres flûtes font pareil, et on range le morceau, hahaha)
Je sais pas vraiment si lui il a réfléchi à la façon dont je fonctionnais et tout ça, je pense surtout qu'il s'occupe de la "soliste" qu'il a en face de lui, qu'il s'occupe de me mettre en confiance, de me rassurer et tout ça.
Et c'est ptet un peu égoïste de sa part aussi quelque part : si je fais bien mon boulot, on lui qu'il fait bien son boulot.
Si je me plante, on dira que c'est la faute du Chef, pas la mienne. Si je réussis, on dira que c'est grâce à Chef, et un peu grâce à moi.
(C'est là que mon ego disparaît et que je deviens drôlement modeste) (oui, ça arrive)
En fait, la relation entre un chef et ses musicos, c'est drôlement compliqué et complexe. Là, on a la chance d'avoir un Chef "pote" proche de nous. Quand c'est un Chef distant, je sais pas trop ce que ça doit donner ...
Écrit par : Pau | 06.10.2009
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