14.02.2009

Répé #2

Ah mon lecteur chéri, pour la deuxième note sur mon harmonie, tu vas pas être déçu tu sais ?




Bon déjà, pour les débutants, une harmonie, c’est comme un orchestre.



Sauf que ça s’appelle « harmonie ».


Voilà.


(Autres notions de vocabulaire : Les répétitions, on appelle ça des « répé ».
Les partitions, c’est les feuilles de papier avec plein de notes dessus, et on appelle ça des « part’ » (prononcé <PARTE>) ou des « partoches ».)


Et donc à l’harmonie ce soir là (ce soir là, c'est en fait le 30 Janvier. J'te rappelle que j'ai pas encore l'ADSL, et que j'arrive pas à poster régulièrement) , ça a chauffé.


Drôlement chauffé même.



Aucune phrase rigolote à te raconter, ni connerie, ni torture sur les flûtes.


(Bon, en fait, si, une connerie, mais bon.
Figure toi que quand j’me suis assise à ma place, j’retrouvais pas ma flûte. Déjà que j’étais pas en avance, la chercher sous les pieds de tous mes voisins ça n’a pas aidé à me faire voir comme une fille très sérieuse et responsable et tout ça ...
En fait, ma flûte était restée en voiture, j’te raconte pas le bordel. Enfin vouàlà.)




Alors ce soir là, Nico, mon chef chéri adoré, il nous a laissé nous installer, et puis il a attendu un peu.

Et moi j’ai pas fait gaffe sur le moment, mais il avait une de ces têtes ...

Je l’avais déjà vu pas content, mais là, je ne l’avais jamais vu comme ça.


Limite il écumait de rage tu vois ?


Et il nous a annoncé qu’une de nos musiciennes avait démissionné, et qu’elle quittait donc les rangs.

Parce que « y’a une ambiance de merde ».



Et Chef chéri il a trouvé que c’était une raison valable, et il a enchaîné là dessus.





Comme quoi il commençait à en avoir ras le bol de toutes les manigances, les on-dit, les cancans, les ragots, et l’ambiance pourrite.

C’est vrai que, depuis quelques temps, c’est plus trop ce que c’était les répé.



Là tu vois, je vais te confier un truc, que faut pas que tu répètes aux zautres, sinon ils vont croire que je suis un être humain avec un coeur, des sentiments et tout ça.


En octobre/novembre, y’a eu plusieurs fois où je suis revenue chez moi, après la répé, en pleurant.


En pleurant parce qu’on s’en prenait plein la tronche pendant la répé, qu’on se faisait engueuler pour des trucs insignifiants, et que la motivation me quittait à chaque fois.




Au début, je fus persévérante, j’y retournais chaque semaine.

Et puis en décembre, j’ai fini par ne pas/plus y aller.

Toujours autre chose à faire.


Ca a commencé par un week end à Bruxelles, puis un à Aix en Provence, puis un à Rennes, et ensuite, les vacances ...



Et tu vois, chuis pas une fille qui pleure facilement.

Mais à la musique, un rien peut me faire m’effondrer.


Bref.
Stop aux digressions.




Et donc, Nico le chef chéri il a dit : « Maintenant je vous laisse 10 minutes pour que vous me disiez en face tout ce que vous avez à dire. J’vous écoute. »

Et en disant ça, il avait sa lèvre inférieure qui tremblait, comme quand les gens sont vraiment en colère.


Personne il a dit quelque chose après ça.

On était tous comme des ronds de flan à attendre.


Et puis y’a un trompettiste qui a commencé à parler, puis une clarinettiste, et puis les langues se sont déliées.


Moi, j’ai rien dit.



Pourquoi ?

Parce que chef chéri adoré, ben j’l’aime fort.

(Même si tout n’a pas toujours été tout rose entre nous, ben je l’aime beaucoup, je l’admire et le respecte. Bon, puis j’avais flashé sur lui à un moment.

J’avais 14 ans, j’étais jeune et inconsciente. )





Et donc, ça va l’avancer à quoi que je lui dise que ça m’est arrivé de rentrer en larmes chez moi ?

C’est pas plus sa faute que celles des autres musiciens.


Passque ce qui est bien dans notre « monde », c’est que les réflexions, les critiques blessantes et vexantes, tu te les prends pas forcément par le chef.

En fait, chez nous (ailleurs j’en sais rien) c’est rarement le chef qui les dit, c’est souvent les musiciens qui jouent juste à côté de toi.


Qui te sourient devant, et te cassent derrière.


Un peu comme partout tu m’diras, mais chez nous c’est encore pire.


Et le chef, il a dit qu’il en avait fait des orchestres et des harmonies, qu’il avait travaillé avec pas mal de gens, mais qu’il avait jamais connu une situation pareille, à ce point dégradée.
Que chez nous, c’était pire que partout ailleurs.

Que ça faisait 8 ans qu’il était avec nous maintenant, qu’il s’en foutait de ce qu’on disait de lui, mais qu’il fallait lui dire en face quand quelque chose n’allait pas plutôt que de le dire à tout le monde en attendant que ça s’arrange comme ça, en claquant des doigts.





Et que si ça continuait comme ça, ben il claquerait la porte.






Tu vois, j’ai eu pas mal de différends avec chef chéri adoré, ça fait pas très longtemps qu’on se « connaît bien », qu’on discute, qu’on communique.
Pour te dire, ça fait 7 ans que j’y suis, ça doit faire environ 1 an que l’on échange des choses.

T’imagines ?


En 6 ans, y’en a eu des histoires, des coups de gueule, et tout ça.
Des disputes, des accès de rage, de haine et de sourires en coin.


Mais tu vois, si chef chéri il s’en va, je m’en vais avec lui.





Passque contrairement aux autres, je ne dois rien à l’harmonie.
Je suis libre de mes mouvements.



La liberté de mouvements, c’est encore une mode que j’ai lancé à l’harmonie tu sais ?



Je t’essplique :

L’harmonie est gentille : elle prête gratuitement des instruments aux élèves de la ville, à la condition qu’ils viennent nous rejoindre quand ils auront le niveau, et qu’ils n’aillent pas jouer ailleurs.

L’harmonie est très gentille : elle t’achète tes morceaux d’examen, tes cahiers de solfège, si tu joues avec elle.



Ben moi, j’ai eu très tôt ma propre flûte, j’achetais mes morceaux toute seule comme une grande.

Et j’allais jouer à droite/à gauche, je dépannais, j’aidais, je restais, je m’installais dans les différents orchestres.

C’est comme ça que j’ai fini par jouer dans 3 harmonies différentes et que j’ai eu des relations avec des hommes mariés.


Et l’avantage de cette liberté de mouvements, c’est qu’on peut rien me reprocher, puisque je reste à l’harmonie par choix, par envie, et pas par obligation ou nécessité.



Y’a la mode des mitaines aussi, qui vient de moi.


Alors oui, je sais, les mitaines, c’est moche et tout ça, mais je sais pas si tu as déjà essayé de jouer de la flûte sous la pluie, un jour de décembre par -5° ?
C’est pas facile, les doigts souffrent énormément tu sais, ils rougissent, ils bleuissent et ils finissent par tomber.

Et je sais pas si tu as déjà essayé de jouer de la flûte avec des gants, mais c’est encore PIRE.
Parce que le tissu des gants, ben ça empêche d’appuyer correctement sur les touches.

Donc la solution, c’est forcément les mitaines.


Tout le monde s’est foutu de ma gueule la première fois que j’ai sorti mes mitaines, ben maintenant, les flûtes, les clarinettes et les sax’ s’y sont mises.



Passqu’on a chaud aux doigts, et qu’on peut jouer en même temps.





Miracles de la technologie mode, quand tu nous tiens !